Pourquoi nos résolutions tombent à l’eau?

Par Pablo Josue Armendariz Quijano

Enfin, une nouvelle année commence, ce qui implique sans doute des nouvelles résolutions comme perdre quelques livres, manger plus santé, épargner quelques sous ou avoir des meilleures notes. En somme, faire semblant d’être une meilleure personne d’ici 2019. Cependant, même si toutes ces résolutions sont faisables, la plupart d’entre elles sombreront dans l’oubli d’ici quelques mois, voir même quelques semaines.

Deux questions ressortent de cette situation. Pourquoi sommes-nous portés à abandonner nos résolutions? Que faut-il faire pour obtenir le résultat voulu? La première question est la source de notre problème et la deuxième, la solution à obtenir. Il est donc important de répondre à la première question afin de répondre correctement à la deuxième.

Incohérence dynamique

Thaler et Sunstein ont analysé ce genre de comportement tout au long de leurs carrières. Leur livre Nudge (1975) offre une panoplie d’exemples où ce genre d’incohérence dynamique se présente. Les deux auteurs se penchent particulièrement sur des sujets plus complexes, tels que les choix d’assurances ou d’hypothèques, plan de retraite et comment le paternalisme libertarien peut solutionner des situations d’incohérence. En dehors de la prise de décision politique que Thaler et Sunstein prennent, je tiens à préciser que je m’inspire énormément des concepts des deux auteurs afin de les appliquer à des sujets moins compliqués comme les résolutions.

Si on revient au sujet de cohérence dynamique, on entend par cela qu’un individu préférant un panier de bien A au panier de bien B choisira forcément le panier A. Cependant, ce choix à travers le temps peut se modifier, résultant en un choix différent du panier A. C’est le même phénomène qui nous entoure lorsqu’on prend des résolutions. Prenons l’exemple d’un individu ayant comme objectif de manger plus santé. Cet objectif est notre panier de bien A et les mauvaises habitudes, comme celle de manger du A&W à tous les jours, seront regroupées dans notre panier B. À travers le temps, quelqu’un

peut préférer le panier A plus que le B, mais finit par choisir de manger des Teen Burgers sur Sainte-Catherine à chaque semaine. Plusieurs vont blâmer l’estomac, mais le vrai coupable se retrouve beaucoup plus haut, dans notre cerveau.

Notre système cognitif

Notre système cognitif peut se résumer en deux parties: le système automatique et le système rationnel. Le premier est rapide, intuitif et demande beaucoup moins d’efforts que le deuxième. C’est probablement cette partie du cerveau qui est en train de vous pousser à acheter un hamburger à ce moment même au A&W. Le système rationnel quant à lui demande plus de réflexion, donc plus d’efforts, et a un temps de réponse beaucoup plus lent. C’est donc le système automatique qui est le plus souvent utilisé, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Mais, lors de prises de décisions complexes, il est néces- saire de fournir un effort plus prononcé.

Ce qui suit parlera des effets qui influencent la prise de décision. Chacun des effets sera accompagné d’une astuce pour vous aider à solutionner votre problème d’incohérence dynamique. Afin de ne pas s’éterniser sur le sujet, je ne prendrai que deux effets qui me semblent pertinents. Si le sujet vous inspire davantage, je vous invite à consulter le livre Nudge, ou même Think Fast and Slow de Daniel Kahneman qui reprend certaines idées de Nudge sous un angle plus psychologique.

Gains et pertes

Un des effets qui nous force à prendre des décisions incohé- rentes est l’effet de perte et de gain. De nombreuses expériences démontrent qu’on déteste plus perdre qu’on aime gagner (Varian, 2014). Imaginez un instant que vous avez le choix entre faire de l’exercice ou prendre une bière avec vos amis. Il est évident qu’il y a une certaine tentation d’opter pour la bière. Avec l’exercice, on perd l’occasion de s’amuser même si d’un côté on gagne les bienfaits de notre résolution. C’est ce côté averse au risque qui influence certaines de nos décisions quotidiennes. Celles-ci semblent simples sur papier, mais lorsqu’on fait face aux obstacles de la réalité, notre cerveau réagit autrement.

Nous pouvons tirer avantage de cette situation d’une façon très simple. Par exemple, prenons la résolution de perdre du poids avec un ou une amie. Il est possible d’imposer une conséquence qui puisse compenser pour un défi manqué. Il suffit de choisir la quantité de livres à perdre avant une date donnée. Si l’objectif n’est pas respecté, une somme d’argent doit absolument être remise à votre partenaire ou à un organisme de bienfaisance. Ainsi, perdre de l’argent pour ne pas avoir respecté son côté de l’entente agit comme un motif suffisant pour ne pas dévier de l’objectif visé.

Après la perte de poids, il faut maintenir ce dernier . Le même principe peut s’appliquer mais cette fois de façon aléatoire. L’un des deux individus peut demander une pesée à n’importe quel moment de l’année afin de vérifier si la personne maintient le poids désiré. Si la requête n’est pas respectée, une conséquence monétaire peut s’appliquer à nouveau.

Il suffit désormais d’être créatif et d’appliquer le principe dans d’autres situations, comme une séance d’étude, un travail pratique en équipe et autres.

Statu quo

Or, souvent, lorsqu’il s’agit de perdre, notre système automatique préfère ne pas miser sur une situation et préfère donc l’inertie. C’est quelque chose d’assez commun chez l’humain. Vous le vivez probablement à chaque jour sans vous en rendre compte. Prenez l’exemple d’une salle de classe où vous devez choisir une place. Il est fort probable que la place choisie lors du premier cours soit la même pour le reste de la session et cela sans avoir une assignation mise en place par le professeur. D’ailleurs, nous ressentons ce petit sentiment de détresse ou de colère lorsque quelqu’un prend notre place en plein milieu de la session car c’est le temps d’utiliser notre système rationnel.

Certaines compagnies profitent énormément de ce genre de comportement. Peu de magazines vous facilitent la tâche pour annuler votre inscription. Plusieurs sont ceux qui vont même faire du renouvellement annuel automatique l’option par défaut. Cela veut dire que certains paient pour un magazine qui n’est probablement pas lu. Afin de tirer profit nous aussi de ce comportement très subtile, il est important de l’identifier. Si on veut économiser de l’argent mais qu’on la met dans une tirelire avec un accès facile, il est probable qu’on puisse non seulement arrêter d’économiser, mais dépenser plus rapidement l’argent accumulé. De nos jours, un compte épargne est une option plus moderne avec un temps d’attente moyennement long pour demander un transfert d’argent vers notre compte chèque. De plus, le transfert n’est pas immédiat, donc on fait plus souvent face à une situation d’inertie, nous empêchant ainsi de dépenser cet argent rapidement.

Une autre situation est celle de manger des croustilles et autres sucreries peu adéquates pour le régime qu’on s’est fixé lors du premier janvier. Lors de l’épicerie, pourquoi ne pas acheter ce genre de tentation? Cela semble simple, mais il y a désormais un «coût économique» à l’envie soudaine de manger un bout de gâteau McCain à 23h00.

D’autres facteurs comme l’influence des autres, l’excès de confiance ou l’effet de myopie sont à blâmer pour les incohé- rences dynamiques. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas rationnels, mais plutôt que notre système cognitif est une merveilleuse machine qui essaie du mieux qu’elle peut de nous rendre la vie plus simple. Il est donc important d’analyser nos choix quotidiens afin de savoir sous quel système ce choix a été pris. Lorsqu’on choisit un objectif, il est essentiel d’anticiper les effets qui peuvent nuire aux résultats et trouver ainsi des moyens qui forceront votre système automatique à se conduire en conséquence. J’espère que cette lecture pourra vous aider à faire des choix plus enlignés avec vos objectifs.

 

Références :
1. Thaler, R. H., & Sunstein, C. R. (1975). Nudge: Improving Decisions About Health, Wealth, and Happiness.

2. Varian, H. R. (2014). Introduction à la microéconomie 8e édition. Brussels : De Boeck.

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