Quelques conseils pour vous préparer au marché du travail

Par Martin St-Denis

Que permet la complétion d’études universitaires en économie ? Entre les heures de programmation de do-files Stata, la résolution de modèles mathématiques qui relèvent surtout de Sudokus complexes et la compréhension fine du mouvement des courbes sur un graphique, je me suis longtemps demandé, à titre d’étudiant, quel employeur verrait dans ma formation générale et abstraite les ingrédients de solutions aux questions réelles, pragmatiques et urgentes qu’il pourrait avoir. C’est une question que l’on aime bien remettre à plus tard, en se disant que le temps viendra où tout s’expliquera.

Après ma graduation de la maîtrise en économie en 2014, je n’étais pas destiné à une carrière de chercheur universitaire. Je prends la plume aujourd’hui pour vous présenter certains conseils que j’aurais voulu recevoir au cours de mes études, pour ainsi m’assurer de faire les meilleurs choix pour exceller sur le marché du travail. Notez que je vous présente ici les conseils que je donnerais à quelqu’un qui, comme moi, voudrait travailler dans le secteur privé à titre de consultant. Je ne peux garantir leurs pertinences pour ceux d’entre vous qui se destinent à une carrière de chercheur universitaire, d’analyste au niveau d’une agence publique du gouvernement ou d’analyste pour une grande entreprise privé spécialisée.

Conseil 1 : Construisez-vous un réseau d’affaires étendu

Stéréotype bien implanté : les économistes sont des bibittes incomprises, à la limite du spectre de l’autisme, qui se comprennent uniquement entre eux et changent le monde à coup de grandes théories en sirotant un verre de scotch. Croyez-moi, si vous suivez ce chemin, vous traînerez un handicap, et je ne parle pas d’alcoolisme.

Le cheval de bataille numéro un de tout économiste est l’identification et l’exploitation d’une source d’information fiable, que ce soit issu de la littérature, d’une personne experte ou de données et statistiques. Le plus souvent, c’est un mélange des trois. Dépendamment du sujet que vous traiterez, ces informations sont concentrées dans les mains de quelques organisations. Si les personnes qui représentent ces organisations ne vous connaissent pas ou ne vous font pas confiance, plusieurs refuseront de vous aider. Et ces gens, ils sont rarement économistes. Il existe une méfiance constante, y compris au sein des organismes publics, pour les professionnels qui veulent obtenir l’accès à des données pour les analyser. Être malaisant n’est pas un bon départ pour convaincre.

Par ailleurs, un réseau établi vous permet d’aller plus loin que la simple analyse de la situation. Avoir un réseau large implique connaître plus finement les intervenants dans une sphère d’activité, et ainsi, identifier plus facilement les partenaires, usagers et concurrents potentiels d’un projet. Un réseau solide, diversifié et bien entretenu sera la clé du succès de plusieurs de vos mandats. À titre d’étudiant, vous pouvez participer aux nombreux événements réseautage de Montréal (il en existe dans tous les secteurs d’activité), vous impliquer bénévolement dans une association ou acquérir une expérience de travail ou de stage dans une entreprise ou un organisme public.

Conseil 2 : Sachez écrire

Depuis la fin de mes études, je n’ai solutionné aucun lagrangien, je n’ai produit qu’une poignée de régressions et je n’ai jamais eu à résoudre une série de Taylor. Par contre, écrire, ça oui! Si je passe plus de la moitié de mon temps à chercher et analyser des données, j’en passe le tiers à coucher sur papier mes analyses et idées.

Si vous êtes étudiant en économie, probablement que vous n’écrivez pas beaucoup. En effet, les programmes d’économie au Québec sont construits de façon à ce qu’il y ait peu d’occasion de rédiger un réel argumentaire vulgarisé avant la rédaction du mémoire de maîtrise. Et pourtant, aucun client ou employeur ne paie un professionnel plusieurs dizaines de milliers de dollars par année pour produire des analyses qu’il n’est pas en mesure de comprendre. Rédiger un article pour Horizons Économiques est d’ailleurs un bon exercice pour améliorer cette compétence.

Au-delà de la rédaction de textes d’analyse, les habiletés en écriture sont essentielles dans une sphère importante de notre travail : la rédaction de sondages. Hé oui! Surprise! Les bases de micro-données très précises et déjà bien compilées de Statistiques Canada n’existent que dans le cadre de la recherche universitaire. La matière première pour une bonne part des mandats est le résultat de sondages maison, bien bruts et bien imparfaits. Et pour que ceux-ci répondent aux objectifs du mandat, les questionnaires doivent être clairs, précis et ne doivent pas laisser place à l’interprétation. À titre d’étudiant, je croyais que produire un bon questionnaire était une tâche triviale. C’est une erreur de penser ainsi.

Conseil 3 : Développez vos compétences périphériques

En dehors de l’université, personne ne s’intéresse à vos habiletés à solutionner un lagrangien ou à expliquer le modèle de rigidité des salaires selon la théorie des cycles réels. Par contre, on s’intéresse aux disparités régionales. On veut des outils informatisés pour faciliter la collecte de données. On veut connaître les motivations profondes des partenaires d’un projet.

Les graphiques et les tableaux, c’est un très bon début pour illustrer des résultats quantitatifs. Mais en 2018, il est aussi nécessaire d’apprendre à faire des cartes thématiques. Pour les plus ambitieux et autodidactes d’entre vous, je vous conseille le logiciel libre et gratuit Quantum GIS. Lorsque pertinentes, les cartes thématiques se révèlent être des outils de vulgarisation très forts et permettent de considérer un nouvel angle sur certains enjeux. Et en plus, c’est joli.

Parallèlement, savoir programmer devient de plus en plus essentiel. Les langages Visual Basic, Python et SQL vous seront des alliés importants. Aussi, être un/une professionnel/le de Stata est moins utile que de revisiter Microsoft Excel et d’apprendre à utiliser les tableaux croisés dynamiques, le fonctionnement des macros et les fonctions de triage de base de données qu’il renferme. Il est facile de lever le nez sur ce logiciel mainstream, mais il est souvent plus simple et plus efficace de faire avec Excel ce qui peut être fait avec Stata, SAS ou tout autre logiciel de traitement de données.

Enfin, apprenez à administrer des entrevues. Vous allez être confrontés à des projets qui ne pourront pas être résolu sur la base d’une analyse quantitative. Et même si vous avez toutes les données en main pour répondre à une question, connaître le contexte entourant un enjeu est essentiel, et les écrits sur certains de ceux-ci peuvent être inexistants. Il devient alors important de conduire des entrevues et des groupes de discussion pour s’assurer que les analyses réalisées sont justes et que les solutions proposées sont réalisables.

Conclusion

À la lecture de cet article, vous devriez être en mesure de savoir ce que ne donne pas un diplôme d’étude universitaire en économie. C’est totalement l’opposée de la question initiale. Alors, le diplôme, il donne quoi?

D’abord, il est un signal fort pour l’employeur potentiel. Cette théorie que l’on vous a sûrement déjà démontré en première année est indéniablement fondée sur une base vraisemblable.

Les études en économie vous permettront aussi d’acquérir des réflexes importants en milieu de travail. Lors de la mise sur pied d’un projet, plusieurs avenues sont proposées. Un professionnel en économie est généralement en mesure d’avoir une bonne compréhension de l’impact de l’environnement externe, mais surtout du marché, sur les décisions à prendre.

Enfin, l’économiste est souvent le crack des données. C’est lui qui réussit à extraire le diamant du charbon qu’est la base de données. Rédiger un mémoire pratique devrait vous permettre de développer adéquatement ces outils dans une certaine mesure.

 

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s